Caravane

Elle m’obsède. Elle me hante. Je pense souvent à elle, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Elle, seule au milieu d’un champ même pas clos, en pleine nature, abandonnée aux quatre vents, au bord d’un chemin de terre…

La première fois que je l’ai remarquée, je revenais d’un footing. Elle devait être là depuis longtemps sans que je n’y fasse attention. Et puis, j’y suis retournée une première fois avec mon appareil photo, intriguée, j’ai pris quelques clichés en fin de journée, de loin.

Caravane 1

Et je me demandais à quoi elle ressemblait baignée dans les rayons du soleil matinal, et en pleine journée sous la pluie, et le soir dans ce moment animal particulier entre chien et loup. Il fallait que j’y retourne, que je l’approche, que j’en sache plus sur elle…

Alors j’y suis allée. Elle était toujours là, intacte. Je l’ai prise en photo sous tous les angles, avançant prudemment dans les herbes hautes. Elle avait encore toutes ses vitres et la porte était grande ouverte. A l’intérieur, les restes d’une banquette, un meuble à deux portes et des fils électriques qui pendent du plafond. Et, unique indication temporelle : un calendrier de 2014 accroché à un mur blanc, propre, lisse.

Et l’effet enivrant de cette scène champêtre, m’est apparu après 10 minutes à tourner autour de cette relique de la production de masse des années 70, perdue au bout du monde, qui n’est en fait qu’à 1 km à pieds de chez moi : je me sentais moi aussi complètement détachée, transportée, happée par une faille spatio-temporelle. J’étais là. J’étais bien. J’étais.

Caravane 2

Je restais là un moment, la tête bouillonnante de questions : comment était-elle arrivée là ? Et quand ? A qui appartenait-elle ? Quelle était son utilité ? Qui a-t-elle abrité ? Et là je commençais à échafauder 1000 scénarios. Des familles venaient y faire leur barbecue dominical rassemblant 3 ou 4 générations, des métaleux s’y donnaient rendez-vous pour répéter les week-ends, guitares en mains, toutes watts dehors loin des habitations et des voisins grincheux, des agriculteurs s’y reposaient en période de moissons…

Elle avait dû en voir passer des saisons, loin de tout, envahie par la végétation, recouverte de neige. Et les idées défilaient. Le Front Pop et les caravanes des premiers congés payés, l’essor du camping, les caravanes des cirques, les caravanes des vendeurs ambulants. Bref, un monde éphémère, extraordinaire, hors du temps, des contraintes, des agendas.

En deux mots : l’évasion. En quatre : l’invitation au voyage.

Bien sûr, impossible de tourner et retourner ce mot sans avoir immédiatement à l’esprit le refrain de Raphaël : « Je suis né dans cette caravane et nous partons, allez, viens »…

11 commentaires sur “Caravane

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  1. Tu arrives a nous faire entrer dans ta tête avec quelques mots ! J’ai l’impression de l’avoir vécu en te lisant Béa ! Trop forte 😉

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